Chroniques: Retour à la maison d'en haut
RETOUR A LA MAISON D'EN HAUT
(1)
L'odeur particulière de l'herbe quand tombe l'humidité du soir
Le lien au temps, immédiat; à l'absence de ceux en-allés, anciens ou très
récents; le temps pour songer aux absents.
La cathédrale d'arbres. Espace païen sacré . Lumière.
Le retour là ou reste l'essentiel.
Essayer de faire pour le mieux.
En l'absence d'idées particulières, simplement marcher; laisser voyager les
pensées. Ou se poser en quelque endroit de la forêt dont on sent que c'est là,
exactement, qu'il faut être en cet instant. Laisser vagabonder les choses à notre place. Respirer. Souffle vertical.
Ici et maintenant.
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(2)
A propos de mots, une question que j'aimerais partager avec vous:
Avez vous le sentiment, dans vos moments de malentendus avec vos amis et
vos amours, que nous utilisons les mots de manières bien différentes?
Je ne parle pas ici des mots qui racontent et fictionnent, chantent, murmurent des histoires, interpellent, hèlent, rapportent, mémorisent et enjolivent, non, je parle des mots de nos quotidiens croisés, de ceux qui nous servent à construire ponts et passerelles , de ceux qu'un éboulis de silence condamne parfois à l'inutilité, de ceux que l'on comprend plus ou moins de guingois mais qui jusqu'à télépathie maîtrisée ou toute autre forme subtile, sont tout ce que nous avons la plupart du temps pour vivre tant bien que mal avec nos proches, chéris et doudous, partenaires , amis, enfants, parents, et cetera?
Selon vous, cela a-t-il à voir avec le fait d'être homme ou femme? ( Je vous avoue que parfois je penche pour ce facile raccourci) .Ou simplement avec qui nous sommes individuellement? Caractère, éducation, histoire de vie, passé, fêlures, manques, cicatrices, musiques intérieures?
Pensez vous que le fait d'aimer écrire nous aide à mieux utiliser les mots dans la vie ou est ce tout le contraire?
Que faites vous pour harmoniser votre relation aux mots avec celle de vos chéri(e)s/ami(e)s?
Racontez vous vos soucis et vos doutes à vos chéri(e)s-ami(e)s:
*pour qu'ils trouvent une solution bien concrète?
* pour être écoutés, aérer vos pensées, chercher vos solutions?
* pour vous sentir aimés-compris?
* Pour partager le négatif comme le positif
(plusieurs réponses possibles)
Lorsqu'un sujet ( de dissension) a déja été abordé
* Jugez vous inutile d'en reparler?
*Faut il en reparler jusqu'à satisfaction des deux parties?
* Faut il en reparler si la situation évolue ?
* En reparler est-il une simple provocation?
(plusieurs réponses possibles)
Allez, je retourne sous mes arbres voir si eux aussi ont des réponses....
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(3)
Pendant plusieurs jours, il a plu jour et nuit, le brouillard s'est levé, et nous avons eu un hiver au milieu de l'été. Ici c'est comme ça.
Aujourd'hui il fait beau comme un petit printemps, par la porte
ouverte je vois la forêt. Le chemin est zébré d'ombre et de soleil. Je bois mon café, le deuxième. Presque tous dorment. Une cloche au loin.
Impression de traverser une zône de "juste après les turbulences", celle où on compte qui reste et où on essaie de reconstruire les équilibres en vérifiant d'un oeil prudent que le ciel ne va pas nous tomber tout de suite sur la tête.
Ceux qui partent pour de bon, volontairement ou pas, ont une drôle de façon de mettre la panique dans l'ordonnance des jours, et parfois ce désordre est bien plus complexe que le lien que l'on croyait avoir .
Ceux qui s'éloignent juste parce que la vie veut ça, et qui reviennent le plus souvent possible, vous obligent à ressentir cette rupture avec l'avant sans trop vous attendrir, parce que c'est comme ça, mais bon, il me semble qu'il faut quand même se donner le droit de cette tendre blessure, ne serait-ce que pour avancer.
Ceux enfin qui distendent les liens sans qu'on comprenne pourquoi, qui transforment en incompréhension à vif les rires et la complicité d'autrefois, vous obligent à ranger précieusement les jolis souvenirs dans un coin de la mémoire, pour que les rudesses du présent ne les abîment pas.
Dans tous les cas, et même si tout cela n'est pas grand chose sur l'échelle des malheurs du monde, (après tout nous ne sommes pas sous les bombes, nous avons de quoi manger, nos liens d'amour, d'amitié, nos liens familiaux perdurent, et entre deux tempêtes nous avons une vie que nous trouvons belle et assez joyeuse et que nous aimons), la maison d'en haut est l'un de ces lieux-racines où il est imposible de ne pas poser ses valises un temps pour réfléchir, pour simplement être là, dans l'instant, en reconnaitre la précarité, la fragilité, en savourer chaque seconde, avec gourmandise et détermination. On danse sur un volcan, mais on danse.
Je m'étais promis de ne pas parler de tout ça ici, mais les mots s'imposent d'eux-mêmes. Ce que dit la maison d'en haut en cet été-hiver-printemps, c'est ça. Alors je le pose ici, et si vous ne voulez pas le lire, votre liberté est de partir ailleurs . Mais si ce côté sombre, ou plutôt clair-obscur, ne vous rebute pas, alors bienvenue pour ce petit voyage de lenteur un brin mélancolique, un brin joyeux quand même. Moi, ce que je sais, c'est que si je devais faire la liste des belles choses qui me sont arrivées cette années,( et il y en a! ) le petit tissage de liens bloguesques en fait partie.
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(4)
Les fourmis construisent avec détermination et queques erreurs de prévision ( passage de voitures en été ) qui n'entament pas leur belle énergie. "Vous pouvez regarder et en prendre de la graine", disent-elles, "mais ne comptez pas pour nous pour faire une pause parlotte, on n'a pas que ça à faire!"
L'intérêt des creux, c'est qu'après on remonte. Un peu plus sage jusqu'à la prochaine fois. Nouvel équilibre. Capacité à nouveau de vivre l'instant. Liens retissés avec les proches, les parents, les enfants,les chéris, les amis. Pas juste juxtaposés. Ensemble vraiment. Pas juste en sauvetage. Pas dans la terreur du précaire, du fragile de nos vies. Enfin, pas trop.Sourires échangés, bonheur. Vraie attention à l'autre. Capables de ça. Enfin.
Champignons à chercher, à trouver parfois. Pas facile ici. Pas de ces régions où champignons par milliers, par vagues forestières, concédés, offerts, trop facile ! ( Mauvaise foi, je sais... ) Bref, rare, transmis, et encore, pas toujours, pas sûr, dépend des années, des coupes de bois, et cetera... Alors quand par hasard le tapis orange des chanterelles, même petits clous, promesse au moins.... alors, deuc mots possibles seulement, parce que quand même, pas obligée : "Merci, forêt".
Charrier le bois, pousser la brouette, scier, couper, faire la chaîne pour ramasser, passer, jeter en haut du hangar par la trappe, ranger en longues piles à laisser sécher en prévision des passages en automne ou en hiver. Plaisir de sentir le corps obéir , aventuriers des muscles perdus! Peut être -sans doute- parce que nous faisons assez peu de travail physique dans nos vies habituelles, cet effort est un vrai bonheur.
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(5)
Finalement, nous sommes de braves petits soldats de la vie. Nous luttons pour garder le sourire et maintenir les rituels qui rassurent. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de modèles ni de mode d'emploi. Quand j'étais très jeune adolescente, je dévorais ces magazines plein d'histoires de débuts. En général ça s'arrêtait plus ou moins après le premier baiser. Plus tard, dans les magazines dit "féminins", je suis tombée parfois sur ces nouvelles plutôt moralisatrices où la tentation crée le désordre et le renoncement remêt tout ça en état de marche agréé. Bon, pour être juste il faut bien admettre que les histoires longues ne fonctionnent pas comme les brèves rencontres et que si elles demandent plus d'efforts et d'imagination , voire quelques fugues salutaires, elles offrent aussi de belles surprises. Mais où sont les histoires sur tout le reste de la vie? Commend apprend-on à parler vrai aux personnes agées ou mourantes sans craindre notre propre peur de l'inconnu? Comment trouve-t-on ses propres limites et accepte-t-on ses petites lâchetés toutes humaines? Il me semble qu'il faudrait s'entraîner un peu, que chaque rencontre avec ces moments là devrait nous trouver un peu plus forts, un peu plus au naturel avec ces tabous sociaux que sont la vieillesse et la mort. Nous apprenons beaucoup, pourvu que nous acceptions cet apprentissage. Et ceux dont nous tenons un instant la main sans pouvoir faire davantage nous donnent autant ou plus que nous leur donnons. Et quand l'alerte est passée, d'une manière où d'une autre, nous pouvons nous réjouir de n'avoir pas eu encore cette fois ci à suivre le cours complet...
Récréation!.....
Beaucoup de vieilles écoles de la région ont été transformées en musées. On peut regarder les vieilles photos de classe (spécial dédicace à Plasoc pour son histoire du petit garçon et au "cercle des poètes disparus" pour la scène du hall). On peut s'assoir sur les bancs trop petits et plonger les doigts dans l'encrier.On peut consulter les registres d'absence avec les motifs invoqués "aide son père" ou "mauvais chemin" (= non praticable). On peut lire les livres de lectures d'autrefois et laisser des messages dans le livre d'or. Dans certains villages isolés, ce sont les parents eux mêmes qui ont décidé, dès le début du XXe siècle, de construire une école sur place pour éviter à leurs enfants les kilomètres dans la neige en hiver. On a choisi l'adulte le plus savant du village et on l'a bombardé instituteur en lui versant un salaire payé par la collectivité pour compenser le manque à gagner.Dans d'autres, ou venaient travailler des petites jeunes filles fraîches émoulues de l'Ecole Normale et choisies de préférence aux garçons pour les postes les plus isolés, les plus difficiles d'accès, " parce qu'avec une classe unique il fallait absolument quelqu'un qui sache coudre pour apprendre aux fillettes",on avait parfois du mal à savoir s'il fallait "intégrer" l'étrangère ou juste la tolérer...La vie ne devait pas être facile ! Sans compter que malgré la loi de séparation de l'église et de l'état, la jeunette que l'on soupçonnait de convictions laïques ou de comportement "immoral" pouvait s'attendre au pire...Pays rude, gens rudes...et magnifiques aussi.... la moitié de mes racines..ou plus...
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(6)
Tu cherches en vain l'apaisement dans l'effort de la marche en terrain accidenté. Malgré la fatigue, les pensées tourbillonnent . Tout semble si précaire. Même la présence de qui tu aimes ne suffit pas à guérir cette blessure primitive. Tu mets tes pas dans les traces de ceuxd'avant, espérant y trouver un réconfort. Mais les pentes abruptes sont vides là où l'on t'avait transmis le parterre orangé à coup sûr.
Tout change. La forêt a été massacrée, tronçonnée puis laissée là, pantelante, le sol retourné bien plus sûrement que par les sangliers, le mycélium dévasté.
Tu t'installes sur une souche . Tu laisses aller les pensées. Au dessus le bois est sombre et serré, propice aux fantasmes et aux angoisses; n'importe quel monstre pourrait sortir de là. Ton coeur bat plus vite. Une part obscure en toi les sent tout proches, ces vieux sangliers énormes, ces ours d'un autre siècle, ces loups resurgis des contes d'autrefois, et même les chevreuils à l'aboiement rauque et fou qui chasse les intrus...La peur te paralyse. Tu trembles et ne peux bouger. Puis une voix familière t'appelle et romp le maléfice...
Alors je te parle et tu peux enfin m'entendre. Tu as peur de ce que tu vois mal. Monte, élève-toi, avec la buse ou le corbeau, la bergeronnette ou le bouvreuil...Dépasse la cîme des hauts sapins, des chênes, des bouleaux, des maronniers... Plonge et remonte à ta guise... Est ce mieux? ..la peur est elle vaincue, ou du moins, apprivoisée?....
Viens, pose toi, à présent, je veux te parler... Oui, le sapin à ta droite, là... Non, l'autre.... Pose tes mains sur mon tronc... Sens tu la vie pulser dans ma sève? Appuie ton dos sur moi et je te dirai des histoires..
J'ai tout mon temps d'arbre, qui n'est pas le temps humain.... Mais je ne peux pas faire l'expérience du voyage... Dis moi le voyage, je te dirai le temps des arbres...Ce troc me convient....
Encore autre chose.. dirige ta vie comme ta marche... quand tu arrives à un carrefour, suis ton instinct pour trouver le chemin qui convient dans la situation présente... Inutile de regretter les autres... parfois on remet ses pas dans des chemins anciens, parfois jamais plus, mais il n'y a rien de tragique là dedans , juste l'écriture d'un mouvement dans la chorégraphie collective...
Reconnais tu cette trouée que le soleil réchauffe ?Assieds-toi sur la mousse. Te souviens -tu? Cet endroit, ce moment, tu l'as fixé un jour par l'écriture et les liens humains. A présent c'est devenu une station facile dans les voyages de la mémoire. Clairière, dix minutes d'arrêt! Mesdames et messieurs, vous avez fait un bond de seize ans en arrière! Facile! Essaierez vous un bond plus grand?
Tu rentres tranquille à la maison d'en haut. S'y côtoient en libations bon enfant et veillées joyeuses fantômes aimables et vivants de bonne foi, personnages d'histoires aussi réels parfoisque les vrais. Les uns empruntent aux autres des histoires, au bout du compte vérité et fiction dansent un ballet silvestre sur une musique de l'imaginaire ponctuée par les violons de la mémoire et les pulsations rythmiques de la vie, fût elle ds arbres, fût elle des gens.
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(7)
Après les tumultes et les apaisements de la première maison d’en haut, l’autre montagne et l’autre maison m’ont nourries d’art et d’humanité au moment où j’en avais le plus besoin, asséchée que j’étais par la nécessité de donner et d’entendre. J’en suis redescendue un peu étourdie, confiante cependant en l’idée que les chemins tressés là haut étaient tout sauf des impasses, que les graines germeraient et que les histoires n’avaient pas fini de se raconter. Pour clore cette chronique des maisons d’en haut sur les montagnes et des hommes et des femmes qui y construisent des formes, des musiques, des parcours,… j’ajoute quelques images de la forêt d’en haut, la primitive, et vous souhaite belle nuit et beaux rêves, où que vous soyez .
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