Un coquelicot  sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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 18

                               

Soudain, la vibration du portable que son père lui avait laissé la sortit de son rêve. Personne n’avait entendu, à cause du moteur. Mais Léa était à côté d’elle, attentive. Elle lança un regard interrogateur à l’enfant qui  se mit à tousser puis tenta de sourire comme si de rien n’était. C’était son père, elle en était sûre. Peut être en danger, ou tentant de la rassurer. Une petite fille devrait tout raconter aux adultes. Une petite fille ne sait pas ce qu’il faut faire, ne connaît pas la vie. Mais nous deux, papa et moi, se dit Lola, on a déjà vécu des choses difficiles. Il me fait confiance. Il faut que je la mérite, cette confiance.

Une brève vibration annonça l’arrivée d’un message. Lola se concentra sur le paysage, réfrénant son impatience, attendant le moment propice pour écouter. Bientôt, on arriverait au Vallon des Oliviers. Elle prétexterait une petite ballade, ou s’isolerait cinq minutes, et déciderait  ensuite si elle devait parler à Jérémie, Camille et Léa.

 

 

Pendant ce temps, Nicolas réfléchissait aussi. Où était sa fille ? Où étaient les autres ? Comment se sortir du guêpier ? Il se trouvait dans une villa de luxe à demi vidée de ses meubles comme en prévision d’un départ imminent. Sauf que deux personnes au moins n’allaient partir nulle part, vu qu’elles était allongées mortes sur le carrelage de marbre de la pièce  voisine : L’ami de la mère de Lola, et une femme inconnue, une femme d’une quarantaine d’années  au visage non maquillé,aux cheveux courts,  aux vêtements ternes et sans élégance qui surprenaient dans ce décor. 

 Nicolas  n’avait pas tué les deux  personnes dans la pièce à côté. Mais qui le croirait si on le trouvait ici ? Et comment expliquer sa présence ? Roberto l’avait  appelé, ou plutôt convoqué, car on ne peut guère refuser ce genre d’invitation. Nicolas était venu armé, se disant cependant qu’on le fouillerait à l’entrée. Mais la porte n’était pas fermée à clé. Aucun garde  ne se tenait en faction. Il entra, perçut à peine un mouvement, un froissement, avant de se retrouver assommé sur le carrelage. A son réveil, il était seul, du moins c’est ce qu’il crut jusqu’à sa découverte des deux corps  dans l’autre pièce .Son revolver avait disparu. Il fallait qu’il le retrouve. La personne qui l’avait assommé avait pu le jeter aux alentours  pour que la police le trouve. Puis il fallait disparaître et tenter de comprendre.

Certes, il en savait plus que Jérémie et les autres, qui continuaient de nager en plein mystère. Il y avait une bonne raison pour cela. Il s’était lui même,une fois de plus, attiré tous ces ennuis. Voilà, il était comme ça. Incapable de faire les choses normalement. Sa mère avait raison, autrefois. Et c’était pour ça sans doute qu’il s’était lié avec Jérémie, qui naviguait avec élégance dans la vie, donnant toujours cette impression qu’il saurait même faire la révolution sans se salir les mains. Nicolas l’avait autrefois entraîné dans des histoires  qui avaient mal tourné. Pour d’autres. Pour eux aussi, d’une certaine manière. Mais Jérémie gardait la tête haute et ce petit regard  exaspérant de ceux qui  savent que leur charme naturel  les sauve de bien des  situations difficiles. Nicolas éprouvait pour Jérémie une palette de sentiments qui allaient de l’admiration à la rancœur, selon les jours. Mais il y avait ce lien entre eux. Peut être finalement de l’amitié. En tout cas , c’est à Jérémie qu’il avait pensé , immédiatement, quand il avait fui en emmenant Lola.