Parfois je me demande si ce voile gris posé sur le monde est une réalité ou juste une histoire de regards. Mon père en vieillissant portait le deuil de ses utopies. Ce deuil l'a doucement éteint, comme si ça ne valait plus la peine. Les dernières années, dans un envol très Shakespearien, lui qui n'avait pas lu Shakespeare, il me disait "Qu'est-ce que c'est que ce rôle qu'on me fait jouer? Je n'aime pas ce rôle."

En ce moment je trouve le monde pas mal déprimant. Pourtant, si je vieillis biologiquement parlant, je suis loin d'être immobile ou résignée. Je crée, je rencontre, je partage, je voyage. Mais c'est comme ça. J'ai pas mal dégusté question perte des utopies relationnelles. Quant aux utopies politiques....Heureusement qu'il y a le terrain, toujours. Là où sont les vrais gens. Ceux qui font des pas de fourmi sans relâche, pour faire bouger les choses.

Souvent j'aimerais être un bref moment dans la tête de quelqu'un de 20, 30 ans, pour voir comment ils perçoivent le monde. Quand mon père perdait ses utopies, j'étais encore à l'aise avec les miennes je crois.

Je suis curieuse de savoir si ce blog réouvert rencontrera des échos. Quoi qu'il en soit, pour l'instant, je continue.