Chapitre 2

Charriot, sel, fleuve

Le train a du retard. Comme la plupart du temps. Déjà bien qu’il fonctionne encore et que la voie demeure dans un état acceptable. Les courses sont faites et Chris n’a pas envie de retourner au bar. Une petite promenade au bord du fleuve lui fera du bien. Assise sur les cailloux blancs de la berge, elle regarde l’eau encombrée de déchets filer vers le sud, vers les villes. Etrangement, l’eau est claire malgré tout. Mais ce qu’on ne voit pas est parfois le plus dangereux. Dans ce fleuve-là, il vaut mieux ne pas nager trop longtemps.

-Aïe ! J’ai oublié le sel.

Elle regarde sa montre. Une vieille montre à remontoir d’autrefois. Les autres ont été vendues. Les téléphones portables fonctionnent par intermittence, de façon aléatoire. Mais la vieille montre marche toujours. Il est l’heure ! Comme elle arrive, le train entre en gare et bientôt Sita descend, accompagnée d’une femme que Chris ne connait pas. Chacune a un sac à dos plein, comme la plupart des voyageurs.

-          Bonjour Sita ! Bonjour….

-          Madeleine. Bonjour Chris.

-          Bonjour, Chris. Bisou! J’ai invité Madeleine parce qu’elle…était obligée de partir.

-          J’étais la voisine du dessus. Pardon d’arriver comme ça… Je ne sais pas…Sita at sa mère m’ont dit…

-          Venez toujours pour aujourd’hui. On verra ensuite. Là il faut que je retourne au magasin prendre du sel. Ensuite on remonte chez nous.

La voiture attaque bravement la montée. Au carrefour des quatre chèvres un chariot déboule sur la droite et coupe la route avant de partir à toute allure de l’autre côté.

-Oh là là Chris, qu’est-ce que c’était ? On est dans un western ou quoi ? Ils font encore des films ici ?

- Oh, ça… Il est beau hein ? Mais je crois que les frères Martin ont oublié d’y mettre des freins

-Et un avertisseur

-Les frères Martin ?

-Ils ne sont pas méchants mais…

-J’ai connu des Martin autrefois

-Vous, Madeleine ?

-Je venais ici en… vacances dans ma jeunesse.

Chris perçoit du non-dit dans cette phrase mais ne demande rien. Sita, elle, est toute à son bonheur de revoir son père.