Un coquelicot  sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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22

 

-Je ne comprends pas, dit Camille.

Ils tentaient de reprendre des forces et de réfléchir à ce qu’il fallait faire en savourant la délicieuse daube que Popeye avait apportée fort à propos, car aucun d’entre eux n’avait envie de cuisiner, mais tous avaient faim, malgré leur inquiétude.

-Personne ne comprend vraiment, dit Jérémie.

-Non, je parle d’un détail précis, reprit Camille. L’ardoise que vous avez trouvée. Avec le coquelicot. Sur la marche.

Il y eut un silence. « Ca y est, se dit Jérémie. A Camille de nous révéler un petit secret. »

Il n’avait pas tort.

-L’ardoise. Ca aurait dû vouloir dire que Nico était passé par là. C’est un petit signe qu’il a déjà utilisé deux fois avec moi.

Jérémie pâlit un peu mais se tut. Camille le regarda, essaya de sourire, comme pour le rassurer. Sans grand résultat.

-Mais s’il est prisonnier, reprit Camille, ça ne peut pas être lui.

-A moins qu’il  ne soit passé ici avant.

-Non, dit Léa. S’il était en danger dans la villa, il n’a pas pu repasser ici et être fait prisonnier après.

-Mais qu’est-ce qu’ils cherchaient, ces types ? demanda Popeye.

-La balle, dit Camille. La clé USB.

-Mais alors, s’étonna Léa. Pourquoi ils n’ont pas tout retourné comme dans nos appartements ?

-Attend, repris Jérémie, Lola tu dis que tu as vu un des types poser quelque chose sur le marchepied de la caravane ? Donc c’est eux qui ont placé l’ardoise. Ca n’a pas de sens. C’est pas le genre à laisser des fleurs !

-Comment était placé le coquelicot ? demanda Lola

Tous la regardèrent sans comprendre.

- Oui, expliqua-t-elle. Je veux dire, en haut de l’ardoise, en bas au centre, à l’endroit, à l’envers ?

- C’est important ? demanda Léa.

-Je comprends, dit Popeye. Comme les signes que des gars mettent à côté des portes pour dire quelque chose à ceux qui passent après ? Un message, quoi.

- Voilà, dit Lola.

Jérémie était allé chercher l’ardoise et le coquelicot, mais dans l’affolement général de leur arrivée et de leurs retrouvailles, le coquelicot était tombé, et  personne ne se rappelait  comment ils l’avaient trouvé.

-La tête en haut, c’est  l’amour, dit Lola. La tête en bas c’est la mort. Le coin gauche c’est les souvenirs, le centre le présent, le coin droit l’espoir d’avenir. La tige enroulée sur elle même, c’est un enfant. Un pétale détaché, un cadeau. Un pétale absent, une blessure, d’amour ou de mort. La tige brisée, une rupture ou une fuite.

Une larme malencontreuse coula sur la joue de Camille. Jérémie espéra que les coquelicots de ses ardoises avaient été résolument tournés vers le coin gauche, même s’ils parlaient d’amour.

                                           

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Après des heures de palabres, ils n’étaient guère plus avancés. Ils  avaient la balle, et donc la clé, mais pas d’ordinateur dans la caravane. Ils ne pouvaient reparaître ni à l’école, ni chez eux pour l’instant. Popeye proposa de s’en charger, mais Jérémie refusa de lui faire prendre des risques supplémentaires.

- J’ai quand même une petite idée, dit Jérémie. Quand nous étions jeunes, Nico et moi, nous avons commis quelques actes illégaux…

-On l’a tous fait, dit Léa

-Oui, repris Jérémie. Mais dans notre cas, un jour, ça a mal tourné. Nico pensait qu’il fallait utiliser les armes si c’était  pour la bonne cause. Enfin les bonnes causes. On a soutenu tous les mouvements révolutionnaires . Enfin, c’est ce qu’on pensait. On a même parlé de partir là bas.. Bolivie, Brésil, Nicaragua,… c’était un peu flou pour nous, mais on voulait se rendre utiles, comme on disait..

- Mal tourné, tu as dit ? Demanda Léa.

-Un type est mort, oui. Mais  les circonstances ont fait que personne ne nous a mis sa mort sur le dos. Enfin, pas la police, parce qu’il y a eu un règlement de comptes et ils ont pensé que tout ça était lié.

-Bon, et le rapport avec ce qui nous occupe ?

-La famille de ce gars. Eux, je crois qu’ils savent.

-Une vengeance ? Pourquoi maintenant et pas avant ?

-Je ne sais pas

-Mais, dit Camille, quel lien ça peut avoir avec Nico qui emmène sa fille sans prévenir son ex-femme, et quel lien avec la présence de l’ami de cette femme dans une villa somptueuse par ici ?

-Papa m’a emmené par ce que ma mère ne pouvait plus me protéger , dit Lola..

 Il se regardèrent les uns les autres en silence. Lola sourit, comme si c’était son rôle de les rassurer

-Il m’a emmenée à temps, précisa-t-elle.

Puis son sourire disparut, comme si l’admiration qu’elle avait pour son père l’avait ramenée à son angoisse de le savoir en danger.

- Je vais en ville avec la clé, dit Jérémie. Je trouverai bien un cybercafé. Quand nous saurons ce qu’il y a sur la clé, nous y verrons peut être plus clair.

- Vous ne pouvez pas rester dans  la caravane, dit Popeye. Et ton histoire, Jérémie, m’a donné une idée. J’ai un vieux  copain  Bolivien qui vit en France depuis quarante ans. Il a une ferme au milieu de nulle part. Et le plus intéressant, c’est qu’il est en contact avec pas mal de gens arrivés ici du Brésil, du Chili, de Bolivie il y a quelques décennies. S’il y a des informations à avoir, son réseau nous les trouvera.