Un coquelicot  sur l’ardoise.

 

( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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21

 

 

 

Pendant ce temps, à quelques dizaines de kilomètres de là, Nicolas respirait faiblement en émettant un drôle de bruit de gorge. Lentement il reprenait connaissance. Il éprouvait de plus en plus cette névralgie lancinante qui lui enserrait la tête. Etreinte douloureuse lui rappelant sèchement l’instant qui avait précédé son évanouissement. C’était dans le jardin du pavillon, au moment où, comprenant le danger, il avait pris la décision de fuir sans attendre le secours de quiconque. Si on le découvrait prostré dans une maison encombrée de cadavres il aurait beaucoup de mal à justifier sa présence. Tout de même, abandonner cette inconnue et ce type, même si c’étaient les derniers des saligots, il avait du mal à l’admettre, ça ne cessait de le préoccuper. C’est sûrement pour cette raison qu’il ne repéra pas les hommes tapis dans l’obscurité qui l’avaient lâchement assommé dans le jardin. De la suite, il ne se souvenait de rien. Seulement ce réveil pénible dans ce qui semblait être une cave. Etait-il dans la maison aux cadavres ou ailleurs ? Il n’en avait pas la moindre idée. Ses poches étaient plates. Evidemment son pistolet avait disparu, son portable également. Ses papiers itou.

Désormais son seul espoir résidait dans l’appel qu’il avait pu passer à sa fille. A un moment ou à un autre son message serait vu et Lola le transmettrait à Jérémie. Nicolas en était persuadé et il savait qu’il pouvait compter sur lui. Jérémie allait remuer ciel et terre pour le sortir de là.

 

*

 

Après avoir inspecté la caravane Jérémie dut se rendre à l’évidence : il n’y avait personne à l’intérieur. Il appela : « Camille ! Lola ! » d’abord timidement puis de plus en plus fort. Léa se joignit à lui mais il n’y avait pas âme qui vive dans la roulotte. Le tour était vite fait. La situation devenait préoccupante. Finalement c’est du dehors que vint le soulagement. Camille et Lola apparurent au détour du chemin puis elles se mirent à courir vers leurs amis.

« Jérémie, Léa… enfin vous êtes ici ! balbutia Camille. J’ai eu peur que vous ne reveniez jamais. Pendant votre absence nous avons eu de la visite.

   Comment est-ce possible ? Personne ne sait où nous sommes ! Qui donc est venu ?

   Des gens méchants affirma Lola d’une voix éraillée.

   Qu’est-ce qui te fais dire ça ? demanda Jérémie

   Ils ont fait du mal à papa.

Jérémie se tourna vers Camille et l’interrogea du regard.

   Qu’est ce qu’elle veut dire ?

   En réalité je n’en sais rien. Quand vous avez été partis nous avons décidé de marcher un moment dans la nuit pour nous calmer. Avec toutes ces histoires ce n’était pas possible de se coucher et d’attendre ! Puis des phares sont apparus sur le chemin. C’était  peu après votre départ. Au début j’ai cru que vous reveniez… mais non. Le véhicule en question était une petite cylindrée qui ne pouvait se confondre avec la Mercedes. Je ne sais pas pourquoi mais avec Lola nous avons eu le réflexe de nous cacher derrière les buissons.  D’après la petite nous avons été bien inspirées. Pour le reste il faut se fier à elle car les hommes qui sont descendus de l’auto parlaient en espagnol et je ne comprends pas cette langue. C’est elle qui a rapporté leur conversation.

   Qu’ont-ils dit Lola ? demanda Jérémie à l’enfant.

   Ils ont dit qu’ils tenaient papa prisonnier. Ils ont dit qu’il parlerait et qu’il avouerait tout s’ils m’avaient moi aussi. Ils me cherchaient pour me prendre ! Après ils sont entrés dans la caravane et on ne les a plus entendus jusqu’à ce que l’un d’eux se mette à crier très fort. Il hurlait des mots très méchants, il disait que ce n’était pas le bon endroit. Que personne ne vivait dans la roulotte depuis longtemps et qu’il perdait son temps. De là où j’étais, j’ai vu un homme poser discrètement quelque chose sur le marchepied de la caravane puis ils sont remontés dans l’auto et ils sont partis à toute vitesse en faisant fuser les graviers du chemin. J’ai eu très très peur. Camille aussi. On est restées cachées dans les ajoncs. On n’a pas osé bouger jusqu’à ce qu’on vous entende nous appeler. »

 

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