Un coquelicot  sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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 24

 

Nicolas s’éveilla à nouveau , mais cette fois il y avait des voix de l’autre côté de la porte. Une voix d’homme, et une voix de femme. Une dispute. La voix de la femme lui était familière. Karine, la mère de Lola. Nicolas reprit espoir, essaya d’entendre ce qui se disait. Mais le silence était revenu. Dans l’obscurité, Nicolas se mit à pleurer.

 

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Ils étaient tous quatre réunis dans la grande salle de la ferme d’ Eraldo, chez qui ils avaient trouvé refuge. Camille avait tenté de « faire classe » à Lola, histoire de distraire l’enfant et de soulager sa propre culpabilité de ne pas être allée travailler. Ils étaient seuls pour l’instant, mais Eraldo allait rentrer avec quelques autres « invités », de ceux qu’il hébergeait assez souvent quand il jugeait que leur situation requerrait son aide. Il avait été pourchassé autrefois. C’était une raison suffisante. Sans doute se doutait-il qu’au fond, les autorités n’étaient pas totalement ignorantes de ces passsages  de clandestins divers chez lui. Mais il était assez facile d’évacuer les « invités » grâce à une bonne connaissance de la géographie des environs et à quelques aménagements personnels qu’il y avait apportés au cours des années.

Le téléphone sonna. Tout le monde sursauta. Au début personne n’osa répondre, puis Léa se décida, après un regard échangé avec Popeye. C’était Eraldo. « Il y a un copain qui arrive avec des nouvelles. Il sera là dans une vingtaine de minutes. Moi, j’ai encore un peu à faire en ville. »

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Jérémie retourna jusqu’à la villa. L’entrée en était toujours barrée ;  la police avait laissé deux hommes en faction. Jérémie n’osait pas se faire remarquer. Il tenta quand même d’obtenir quelques renseignements des voisins d’en face en prétendant qu’il était journaliste. Les informations qu’il recueillit étaient pour le moins contradictoires : Il y avait eu un mort, ou deux, ou sept, une vraie tuerie, du sang partout. C’était un coup des mafias de l’est, du sud, d’Amérique latine, une histoire passionnelle, un complot terroriste, un scandale politique qu’on essayait d’étouffer, un réseau de trafics divers. Il n’était pas plus avancé, et de plus il n’avait pas très confiance dans la crédibilité de ses petits mensonges. Comme il allait repartir, une voix l’interpella.

« Hé, jeune ! »

-Oui ? C’est à moi que vous parlez ?
- Et à  qui d’autre ? Sont tous rentrés chez eux, les rupins. Bande d’égoïstes, sont caffis de milliards et pas une obole pour le pauvre. Dis-moi, jeune, t’aurais pas une pièce ou deux pour mon eau de feu en échange de quelques secrets intéressants ?

-Parce que bien sûr, vous, vous en savez plus que tout le monde ?

Il alla s’asseoir à côté  de l’homme qui l’avait hélé sur le petit muret qui entourait  le jardin d’une maison inhabitée .  Le muret était surmonté d’une grille mais assez large pour remplacer les anciens bancs qui avaient tous disparu au profit de nouveaux modèles soigneusement découpés en places assises pour éviter que vagabonds et marginaux s’y installent pour dormir, ce qui fait désordre.

- Moi, je sais toujours beaucoup de choses, parce que je fais partie du paysage. Je suis invisible et je ferme ma gueule, sauf quand  je vois un passant comme toi qu’a l’air plutôt sympathique.

- Et c’est par sympathie pour moi que tu vas tout me dire ?

-En partie, mon gars, en partie. Je sens qu’y a du bon en toi, pis t’as l’air juste assez riche pour avoir des pièces , et juste assez pauvre pour me les donner au lieu de les garder pour toi.

Jérémie sourit. Pour la première fois depuis les derniers évènements, la  boule d’angoisse qui l’oppressait s’allégeait un peu. Il fouilla dans sa poche et en sortit quelques pièces et un billet de dix euros.

-Garde tout. Alors, ce secret ?

-Approche toi, fils. Faut pas que je parle trop fort. La maison derrière toi, elle est pas complètement vide.  Te retourne pas.

-Continue, vite !

-Ah, je commence à t’intéresser, je crois.

Jérémie sortit vingt euros.

-          Je suis pas à vendre, jeune. Mais je les prends quand même parce que les temps sont durs pour les pauvres. Ecoute bien. Juste avant que la flicaille arrive , il y a eu un petit déménagement improvisé. Deux types avec un grand tapis roulé, comme dans les films. Sortis de la maison d’en face avant que le jour se lève, et entrés directement dans celle-ci. Si j’étais toi, je visiterais la cave. Si ça t’intéresse. Parce que le reste de la maison, on n’y voit  pas une lanterne ni un être humain, juste quelques chats qui rôdent.

Jérémie sentit sa respiration s’accélérer.
-Et la villa ? Vous savez quelque chose sur ce qui s’y est passé ?

-          Deux refroidis, fils, un rupin venu de l’autre côté de l’atlantique se faire dézinguer ici, et une femme qui faisait semblant d’être sa gouvernante, si tu vois ce que je veux dire.

-          Et sa femme ? elle était là aussi ?

-          Ca , mon gars, je crois pas. A moins que tu parles de la jolie brunette qu’est passée un jour et s’est tirée assez énervée. Mais si c’est elle, pourquoi il préférait l’autre, je vois pas bien.

 

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A nouveau du bruit, un grattement, un bruit de serrure.. Karine éclaira de sa lampe le visage de Nicolas.

-Tu peux marcher ? Il faut se dépêcher.
- Karine ?  C’est bien toi ? 

-On n’a pas le temps de discuter. Où est Lola ?

-Avec des amis.

-Ils ont intérêt à la protéger, tes amis, sinon je t’arrache les yeux et le reste.

-Karine, c’est ma fille aussi.

- Comme c’est émouvant ! Tu ne t’en es pas toujours soucié autant.

Nicolas se leva. Il avait mal a la tête, tout son corps était meurtri, moulu. Mais il pouvait marcher, et s’il y avait une chance de s’en tirer, il n’allait pas discutailler.  Il monta l’escalier derrière Karine, traversa la maison obscure et sortit par une porte dérobée dans une ruelle à l’arrière. Karine avait garé sa voiture un peu plus loin. Elle démarra très vite et prit la direction de l’arrière–pays..

 

 

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