Un coquelicot  sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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 25

                                                                

 

Jérémie mourrait d’envie d’aller faire un tour dans cette maison abandonnée qui aurait été le théâtre d’événements bizarroïdes d’après les dires du vagabond. C’était facile, il suffisait de se dresser sur le muret et d’escalader la grille pour se retrouver dans le jardin. Cependant le garçon ne voulait pas se jeter dans la gueule du loup, d’autant plus qu’il avait dans sa poche la fameuse clé informatique, objet d’intense désir s’il en faut. Mais sans doute parce qu’il ignorait tout de son contenu il n’y attachait lui-même que peu d’importance. Tout au plus un truc à vérifier lorsqu’il aurait l’occasion de trouver un computer en libre-service sur son chemin. Rien d’urgent. Le plus important à ses yeux, c’était de retrouver Nicolas, de le ramener auprès de sa fille de les faire passer tous les deux en Espagne ou en Suisse, histoire de ne plus en entendre parler. C’est pour cela qu’il était revenu du côté de la villa aux cadavres, pour rechercher un début de piste.

Le clochard qui lui avait soutiré du fric contre des informations s’employa à réunir quelques affaires dans un cabas infâme puis il se leva lentement en grommelant des choses incompréhensibles. Jérémie réfléchissait à la conduite à tenir. La seule idée qui lui vint à l’esprit était complètement stupide mais son subconscient l’encouragea à la mettre en œuvre. Il rappela le bonhomme :

« Hep ! Monsieur ! … S’il vous plaît !

      C’que v’lez encore ?

      Vous pouvez me rendre un service ?

      Pas ménant ! Important rendez-vous d’affaire avec Bibine… à Uniprix pour tout vous dire.

      Je vous filerai 50 euros pour la peine !

Le type stoppa net. Il haussa les épaules et dit distinctement.

      Et là vous me dites qui je dois tuer ? C’est ça ! Ha ! Ha ! Ha !

      Mais non ! Je vous fixe juste rendez-vous ici demain à la même heure et je vous donnerai 50 billets.

      Et si t’es pas là gamin ?

      Alors le jour suivant puis l’autre et ainsi de suite… cinquante billets.

      On verra. Pour le moment j’ai soif mon gars. »

 

Ces derniers mots assénés clôturaient le difficile entretien entre les deux hommes, mais Jérémie était persuadé qu’il pouvait se fier au hasard de la rencontre. Et puis de toute façon c’était trop tard. A présent la clé USB se trouvait dans le sac graisseux que le vieux portait en bandoulière. A son insu, car il n’avait pas vu Jérémie déposer discrètement l’objet alors qu’il lui tournait le dos.

 

*

 

« Bon ! maintenant j’ai les mains libres » constata Jérémie en franchissant d’un bond la grille qui le séparait de la propriété dans laquelle le clochard avait vu des hommes transporter un tapis roulé. Certainement pas un déménagement… Un autre mort ? C’est assez commun cette façon de transporter un cadavre… Nicolas ? Putain si Nicolas était clamsé ? Jusqu’à présent Jérémie n’avait pas envisagé cette possibilité. C’était tout simplement inconcevable à son esprit. Nicolas, on ne pouvait l’envisager qu’en train de rouspéter, de monter des coups tordus, de gueuler… mais raide froid il n’était pas envisageable.  Et pourtant…

Des morts il y en avait dans cette histoire. Au moins deux, peut-être plus. « Une tuerie » Des gens avaient dit « une tuerie. »

« Merde ! pensa-t-il,  si je n’y vais pas je crois que je le regretterai toute ma vie. »

Sur un côté de la maison il y avait une petite porte à demi enterrée par laquelle on pouvait accéder en descendant une volée de marches. Le battant n’était pas complètement fermé. « Tant pis, je me lance ! se récita Jérémie en lui-même pour s’encourager, advienne que pourra. »

Depuis longtemps il n'avait pas ressenti ce drôle de brouillard dans le ventre que la peur fait se lever. Il descendit une à une les marches.

 

 

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