Un coquelicot  sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

 

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26


 

 

La porte n’était pas fermée à clé. La maison semblait  vide. Personne, pas un meuble, juste des murs et un sol crasseux. Il y avait quatre pièces au sous-sol, dont  une avec un évier cassé et une autre avec une baignoire remplie d’eau sale en plein milieu . Jérémie frissonna. Un escalier intérieur le conduisit au rez-de-chaussée, un peu mieux entretenu,  meublé de bric et de broc, table en formica années soixante, vieux bahuts chinés aux puces ou en salle des ventes , chaises dépareillées, et dans un coin, un tapi demi déroulé. Si ce tapis avait servi à transporter quelqu’un, vivant ou mort, le quelqu’un n’était plus là. Mais une tache rouge attira l’attention de Jérémie. Non, ce n’était pas du sang. C’était un morceau de pétale de coquelicot.

 

Jérémie réfléchit. Il avait donc les poches remplies de coquelicots, ce foutu Nico ? Bon, en admettant que ce pétale ne soit pas arrivé là par hasard, alors cela voulait dire qu’il y en avait d’autres . Des signes. Avec ou sans ardoises !  Mais il eut beau chercher dans toutes les pièces, il ne trouva rien. Alors il retourna au sous – sol, dans l’une des pièces qui ne comportait aucune fenêtre. La lampe que Jérémie avait emportée n’était pas très puissante. Rien sur le sol. Rien sur les murs . Mais au plafond, collés avec quoi ? De la salive ? Il y avait trois pétales : un grand, un moyen, un petit.  Le pétale de taille moyenne était souligné  d’un trait fin gratté avec l’ongle. Nico, Lola, la mère de Lola. La mère de Lola est venue ici et a emmené Nico. Nico l’a suivie, mais ne se trouvait pas suffisamment en confiance , alors il a fait demi-tour pour laisser une petite création perso. L’idée était déjà totalement échevelée, mais que Nico ait su dur comme fer que Jérémie arriverait ici tôt ou tard, et qu’il lèverait les yeux au plafond, alors ça, ça dépassait les limites du vraisemblable. Si quelqu’un inventait une histoire de ce genre, se dit Jérémie, on dirait que c’est vraiment du n’importe quoi. Mais là où était Nico, tout était possible.

 

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Pendant ce temps là , dans la ferme d’Eraldo, Lola dormait, et Silvio était arrivé avec les fameuses nouvelles. Le type assassiné dans la villa , le « fiancé » de la mère de Lola,  avait un lourd passé en Argentine, au Chili, au Brésil. Il semblait avoir offert ses services ici et là pour extorquer des aveux aux prisonniers politiques ou faire « disparaître » des centaines de personnes arrêtées par quelques dictateurs du siècle dernier. Peut être avait il été exécuté par des gens qui avaient perdu des amis ou de la famille pendant ces années troublées.

-Nicolas ? dit Léa. Il aurait fait ça. ?

- Je ne sais pas, Il aurait pu. Mais peut-être aussi que ce sont les autres activités de ce type qui lui ont valu cette vengeance sanglante. Ca ne manquait pas, jeux, substances illicites diverses, traffic de femmes. Peut être qu’il a marché sur les plates-bandes d’un confrère. Va savoir. En  tout cas, soit votre ami est en cavale parce qu’il a exécuté le gars, soit parce qu’on essaie de lui faire porter le chapeau, vu qu’après tout c’était son rival en amour, non ?  Il y a autre chose. Son ex-femme, la mère de la petite, est assez connue comme militante , et cette histoire de nouveau fiancé ne sonne pas juste. Je me demande si ce  n’est pas elle qui a liquidé l’autre.

-Mais, s’étonna Camille, pourquoi l’avoir amené jusqu’ici pour faire ça ?

- Je ne comprends pas très bien. Peut-être que cette femme  a suivi son ex mari et que l’autre a l’ a suivie  …. Mais ça n’explique pas complètement la villa louée depuis plusieurs mois et vide jusqu’à leur arrivée..

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Pendant ce temps là, dans le sac  du vieux vagabond, la clé usb naviguait d’une rue à l’autre et d’une bouteille à l’autre, jusqu’à une altercation avec un autre type qui se termina par un uppercut assez violent. Une voiture d’  « SOS la rue » récupéra les deux vieux pour les emmener dans un foyer. Le nouvel ami de Jérémie était trop sonné pour se rendre compte que la jeune Célia, une bénévole enthousiaste, avait pris son sac dans le but extrêmement louable de le passer à la machine si son contenu s’y prêtait. Elle fut assez surprise de trouver la clé USB au milieu de divers chiffons et papiers et d’un exemplaire usagé du « Capital » . Elle mit les chiffons et le sac à la machine, la clé dans la poche de son jeans et le livre sur une étagère pour le lire pendant sa veille de nuit, quand tout serait un peu plus calme, du moins elle l’espérait.