Un coquelicot sur l’ardoise.

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( une co-écriture Plasoc/ Selva)

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 19

 

Mais malgré le souci qu’elle se faisait pour son père Lola n’était qu’une petite fille fragile et vulnérable. Est-ce le roulis monotone de l’automobile ou la fatigue accumulée de la journée riche en émotions qui eurent raison de sa détermination ? Les deux mis bout à bout sans doute. Le fait est qu’elle s’endormit. Elle ne se réveilla pas quand, arrivé à destination, Léa la transporta tout doucement dans l’une des deux cabines couchette de la caravane, ni quand elle déposa sur son front un baiser presque maternel.

 

« La petite est épuisée, dit-elle à ses deux complices en revenant dans le carré qui servait de pièce principale. Tant pis si elle dort toute habillée, je n’ai pas eu le courage de la réveiller.

      Tu as bien fait, la journée à été rude pour elle aussi, murmura Jérémie. Maintenant que nous sommes en ordre de bataille il est temps de faire le point sur la situation, vous croyez pas les filles ?

      Ouais ! J’aimerai bien comprendre quelque chose à toute cette histoire déclara Camille en s’asseyant sur la banquette en fer à cheval qui servait à la fois de siège, de coffre et de lit d’appoint. Je voudrais quand même savoir pourquoi vous allez me faire manquer l’école demain !

      Bien. On va tout reprendre du début. Mais ce n’est pas parce que la mobilisation générale est en marche qu’il faut se laisser aller. On va grignoter un petit quelque chose et boire un canon de rouge. J’ai vu un saucisson par-là, si tu trouves un couteau Léa ? »

 

Tous les trois n’avaient guère faim mais c’est bien connu, l’appétit vient en mangeant et le saucisson diminua à vue d’œil jusqu’à devenir un moignon. En même temps qu’ils se rassasiaient Jérémie avait entamé le résumé des épisodes précédents :

«  Tout à commencé il y a une dizaine de jours, quand j’ai reçu un appel de Nico. Il me disait qu’il était revenu au pays et qu’il avait besoin de me voir. Aussi sec ! Au bout de quinze ans de silence  le voilà qui débarque d’Amérique du Sud et vous le connaissez, surtout toi Léa ! Il arrive avec des emmerdements pleins ses cabas évidemment. Je dois avouer que je n’étais pas chaud pour l’accueillir mais il a su trouver des arguments qui m’ont convaincu. Après ça, je fais profil bas, je courbe l’échine en attendant que l’illusionniste termine son tour de passe-passe avec ses clients et qu’il me foute la paix. Mais baste ! Voilà qu’advient un coup de théâtre !

Lola entre chez moi et en scène. J’apprends que c’est la fille de Nicolas et qu’il l’a amenée avec lui sans se poser de questions, simplement, en l’enlevant à sa mère. Evidemment, la marâtre qui a le sang chaud ne reste pas sans réagir. Du coup Nicolas se retrouve avec une seconde équipe de canailles sur les côtelettes, (sans doute ceux qui ont visité nos appartements ?) et qui tentent de récupérer Lola.

D’un côté nous avons des malfrats qui doivent tremper dans des affaires encore plus louches que des cuillères à soupe et de l’autre des espagnols à la solde de la môman spoliée. Et au milieu les pauvres cloches, c’est nous autres qui faisons les frais de dommages collatéraux.

Une fois de plus ce con de Nicolas nous a foutu dans une drôle de béchamel ! Alors, ce qu’il nous reste à faire pour y voir plus clair, c’est d’utiliser ton ordinateur portable Camille afin de lire ce qui est inscrit sur la clé USB que nous devrions trouver dans une des balles de jonglage de…  »

 

Jérémie ne termina pas sa phrase. Au fond de la caravane l’étroite porte de bois qui donnait sur la chambrette s’était ouverte. Dans l’embrasure le visage défait de la gamine en pleurs qui reniflait : « Papa… papa… il faut l’aider… » Dans sa petite main elle tenait un téléphone cellulaire allumé et elle répétait : « C’est papa… s’il vous plaît, il faut l’aider… »