ROD STORY

 

Une co-écriture Plasoc/Selva

 

 

        9 Une halte à Niagara Falls

 

(Buffalo – Detroit)

 

 

Si vous voulez aller de Buffalo à Detroit, vous pouvez tourner les cartes dans tous les sens, le chemin le plus court pour faire le trajet passe inévitablement par le Canada. De ce fait, et d’un point de vue purement administratif, Rod se retrouva à nouveau en règle dès la sortie des faubourgs de Buffalo, alors que le van roulait sur la route de Hamilton.

Hamilton, c’était le premier arrêt prévu par l’équipe des filles. Soi-disant, elles y trouveraient à acheter une marque spécifique de produits diététiques qu’on ne trouvait qu’au Canada. Des histoires de fille quoi !

En plus de Nancy, qui ne tarissait pas à propos du petit français qu’elle avait amené avec elle, trois autres jeunes femmes d’une trentaine d’année formaient le groupe d’amies : elles s’appelaient Mary, Betty et Coleen. Toutes étaient natives de Buffalo (NYS), employées la semaine à des tâches insipides, elles se payaient des virées presque chaque week-end, pour, disaient-elles : « changer d’air. »

Il n’y avait que les garçons rustauds et les stupides pompoms qui pouvaient se passionner pour les matches des Sabres et des Bills, constituants les attractions incontournables de fin de semaine en ville. Quand on revendiquait le statut de femme libérée, un samedi à Buffalo ça rimait avec mourir d’ennui.

 

Les quatre amies s’entendaient si bien qu’elles utilisaient une sorte de langage convenu pour communiquer, langage dont les subtilités échappaient largement au jeune français. Ainsi il ne comprit pas les allusions quelque peu grivoises dont il fut l’objet dès le début du voyage, et quand Nancy appuya un regard insistant dans sa direction il ne réalisa pas le moins du monde qu’elle le désignait à ses copines comme le trophée qu’elle avait gloutonnement croqué la nuit passée.

 

Poliment, Rod se contentait d’acquiescer aux allégation de ses hôtesses sans vraiment les comprendre jusqu’à ce que son sourire un peu bêta se transforme en banane quand à travers la vitre, il vit un immense panneau publicitaire indiquant la proximité de Niagara Falls.

 

« Dis donc, Nancy, c’est à combien de miles les chutes ?

- C’est tout près d’ici. Tu connais pas ? Tu veux les voir ?

- Bon sang ! Je comprends ! Les chutes du Niagara ! J’aimerais bien voir ça !

- Comment ? S’étonna Coleen, tu as fait tout ce voyage d’Europe jusqu’à Buffalo et tu n’es pas encore allé aux Falls ! Je le crois pas ! C’est la seule et unique chose qui vaille le coup d’œil dans la région !

- Ben non, tu sais, je suis arrivé seulement hier et un peu par hasard, répondit Rod. Et puis je suis nul en géographie. Je ne savais même pas que les chutes se trouvaient si près d’ici !

Nancy interrogea ses comparses

- Alors, qu’est ce qu’on fait les filles ? On s’arrête un moment pour Rod ?

Mary qui tenait le volant n’hésita pas longtemps. Elle affirma sur l’air de plaisanterie :

- C’est sûr, on ne peut pas passer à côté d’une cinquième merveille du monde sans la lui montrer. On a qu’à s’arrêter un moment à hauteur du fer à cheval, mais pas plus d’un quart d’heure pour ne pas nous mettre en retard.

- O.K. ce sera suffisant pour se remplir les mirettes. Tu vas voir ça Rod ! It’s wonderful ! It’s wonderful ! »

 

 

 (à suivre  )