(3) d’une histoire  qui cherche son style

 

 

( Clara)

Tu sais quoi. J’laisse tout tomber. Je fais mon sac et j’pars. Pas envie de les revoir ces tronches de faux jetons. La télé de ma mère gueule RENTREE du matin au soir et moi j’ai beau m’planquer sous mon lit avec des trucs dans les oreilles et le MP4par dessus j’l’entends quand même. Mon portable vrombit comme un naze et j’l’entends pas. Et voilà qu’c’était Marco, au hasard. Le seul que j’ai envie d’entendre. M’a laissé un text. On s’voit ce soir en bas du B. J’sens que j’vais descendre les poubelles, ce soir. Me d’mande c’qu’il a à m’raconter.

 

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( Nancy )

Je n’arrive pas à imaginer que j’ai bientôt quatre vingt dix ans. Parfois je l’oublie. Et quand ça revient, mon ventre se serre et la peur me prend. Alors, j’essaie de ne pas trop y penser. Mon enfance, c’était hier.

 

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( Sonia )

Souvent je me demande s’ils en font trop, ou pas assez, ou mal, avec cette grippe. On commence à entendre parler de gens malades pas loin de nous, mais jusqu’à nouvel ordre, ils guérissent, voilà. Comment savoir s’il faut s’inquiéter ou pas ? Les mauvaises langues disent que pendant qu’on se soucie de ça, on ne se soucie pas d’autre chose. Et d’ailleurs, s’inquiéter, ça sert à rien. Il paraît qu’il y a eu des grippes similaires dans le passé. Si ça se trouve on est immunisé. Enfin, du moins, si on se lave les mains bien comme il faut, on aura les mains propres.

 

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Ca y est, ça cahote encore un peu, mais ça roule. Comme nous. On fait de notre mieux. Comme des gamins, qui, le nez collé à la vitre, penseraient avoir une vue générale de la maison.